Parution du CD


Une incarnation sonore de l’altérité

Après la belle entreprise des 18 plasticiens de « Couleur-Vinaigre » emmenés par Daniel Caspar autour de mon  UrRequiem  au château de Saint-Jean-le-Blanc, près d’Orléans en 2008, (repris à Paris en 2009), le désir d’offrir un retour à ce travail sur ma musique : composer un hommage à Daniel, que je connais depuis plus de 50 ans. A l’homme, à son œuvre.

Un envoi, une adresse, une appropriation fébrile et timide, les minutes d’une relation agonique avec l’histoire, un don éphémère devenant pérenne, des rêves partagés devenant dialogue habité, la pénétration sagace dans l’intime du travail, l’incarnation sonore de l’altérité, le partage d’une quête.

Pour la commodité, j’appelle cela un hommage. Hommage fraternel, ici.

Le titre de l’œuvre est une allusion au compositeur « fétiche » de Daniel : Johann Sebastian Bach. Avec, en arrière plan, Pasolini, et son  Evangile selon saint Matthieu,  mais aussi La Passion selon saint Bach de Kagel et La Passion selon Sade de Bussotti. Une passion en bas de casse. Une passion sacrée, mais pas confessionnelle. Une passion humaine, simplement…

La composition « acousmatique » s’est imposée d’emblée. Une liberté infinie, et en même temps, le contrôle quasi absolu jusqu’à l’achèvement du projet, me séduisent de plus en plus. Démarche beuysienne, métabolisant l’apport du luth et de la guitare de Daniel, de ma cithare et de mon kendang balinais, revisités, retravaillés, gauchis, des affects marquant notre mythologie intime, irradiant l’ADN de l’œuvre.

Résilience aussi, avec mon travail de compositeur grâce à l’étude du « faire » des plasticiens mais aussi de leur champ sémantique. Paraphrasant Juan Miró, « je travaille comme un jardinier », je travaille comme un peintre… ce qui est à voir serait-il à entendre ?

C’est ainsi que l’image est souvent présente dans ma démarche créatrice : Hundertwasser, dans ma Première Symphonie (IRCAM 1983), Erik Viaddeff dans l’opéra numérique Le Jardin des Supplices (2010) et Trois courts-métrages, Anselm Kiefer avec Die Trümmer, Margarete… (commande du Musée Würth 2011), David Kieffer et ses « bois gravés », dans mon Livre pour piano.
Courant, comme un « fil d’or » au long de mon œuvre, une « série » établie  selon la notation allemande, par les noms de Daniel Caspar (ré, mi, do, lab), de son épouse Ghislaine (sol), de sa mère Hélène, (si), de son père Charles-Marie (mib, la).

Détlef Kieffer



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire